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Les Chroniques

de la Fée Cale

Mettre à sa juste place un monde invisible et pourtant essentiel  : celui des toilettes et tout ce qui s'ensuit

  • clairebenveniste

Les risques du métier : immersion au cœur des égouts

Celles et ceux qui construisent, gèrent et entretiennent nos toilettes et ce qui s'ensuit ont des métiers non (re)connus malgré leur caractère essentiel. Ils sont également risqués ! Illustration avec un exemple au cœur des égouts parisiens.


Il fut un temps où je pataugeais avec joie plusieurs fois par an dans les égouts de l'agglomération parisienne. L'avantage de notre capitale, c'est que nous y sommes fort nombreux et que donc les égouts y sont grands (jusqu'à plusieurs mètres de diamètre). On peut donc circuler facilement dans beaucoup d'entre eux, colonne vertébrale dépliée (d'autant plus lorsqu'on ne dépasse pas le mètre 70).


Exploration d'égouts - Agglomération parisienne © Claire Benveniste



Mais une expédition en égouts n'est pas sans risque et on ne s'y aventure pas du jour au lendemain.



Pour devenir explorateur.rice d'égouts, il vous faut tout d'abord passer par la case Institut Pasteur pour vous faire vacciner contre la leptospirose, une maladie infectieuse transmissible notamment par les rats qui raffolent des labyrinthes souterrains.


Vous êtes ensuite formé.e aux risques encourus, en particulier ceux liés aux chutes et à un gaz aux propriétés maléfiques : en concentration suffisamment faible, il est inoffensif et dégage une odeur d'œuf pourri. En concentration plus élevée, il ne sent rien mais devient mortel. Ce sympathique compagnon de route des égouts porte le nom de sulfure d'hydrogène ou H2S. Il est issu de la dégradation de nos excréments et a la fâcheuse habitude de se cacher sous forme de poche gazeuse, qui, si elle se trouve soudainement percée, peut vous être fatale.


Risque de présence d'H2S © Claire Benveniste

La dernière étape consiste à s'équiper de tout un attirail : bleu de travail, cuissardes dans lesquelles disparait la totalité de vos jambes, gants et harnais sur lequel sont fixés un détecteur et un masque à gaz, à dégoupiller en cas d'urgence. Le tout surmonté d'un casque équipé d'une frontale et vous voilà paré.e pour l'exploration souterraine. Votre sex appeal atteint des sommets par la même occasion.


Avant de descendre, on prévient ceux qui gèrent le réseau, afin d'éviter une fois en bas toute submersion subite liée à une manipulation de vanne par exemple. Puis on aère la conduite souterraine en ouvrant au moins deux bouches d'égout. On y plonge ensuite un détecteur de gaz accroché au bout d'une corde afin de vérifier que ce cher H2S ne nous guette pas en trop forte concentration.


Une fois accroché.e à un câble antichute, vous pouvez vous glisser tant que faire se peut par la bouche d'égout (sveltesse fortement recommandée) puis désescalader les échelles qui vous mènent au fond du réseau, parfois plusieurs dizaines de mètres sous terre. Vous pouvez ensuite patauger à gogo, avec de l'eau (parfois de pluie, parfois usée) à une hauteur qui peut atteindre la cuisse.


Je peux vous assurer que vous apprenez très vite à vous défaire du réflexe de vous toucher le visage pour un oui ou pour un non ツ


Descente en égouts - Agglomération parisienne © Claire Benveniste


Inutile de préciser que vous ressortez de cet univers souterrain généralement rincé.e.


Pour une immersion encore plus concrète, vous pouvez visualiser ce reportage de France 3 : Plongée dans les égouts de Metz.


Sacré métier que celui de celles et (surtout) ceux qui travaillent chaque jour dans cet univers souterrain pour inspecter, réparer, curer ou déboucher : les égoutiers.



Leur espérance de vie est bien inférieure à la moyenne, du fait des conditions insalubres dans lesquelles ils travaillent qui provoquent notamment un nombre plus important de maladies digestives, respiratoires, cutanées, de cancers et de suicides.


S'ajoutent à cela les accidents mortels qui sont malheureusement encore de mise à l'heure actuelle malgré toutes les précautions prises. Dans les égouts mais aussi dans les stations d'épuration.


J'avais ainsi travaillé sur une expertise technique suite à un accident mortel d'un agent de la station d'épuration d'Achères en 2009, tombé dans une conduite menant à un bassin d'aération. L'un des accidents les plus récents remonte à décembre dernier à Bristol en Angleterre, où une explosion dans une station d'épuration a fait quatre victimes.


Pour en savoir plus sur les risques encourus par les professionnels de l'assainissement en France, vous pouvez :


  • lire l'article "Une journée avec" de Travail et sécurité, le mensuel édité par l’Institut national de recherche et de sécurité




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